logo les belles affiches

Les belles affiches > dossiers spéciaux > Drew Struzan

Starwars: la saga de Drew Struzan


La force se réveille et le monde en profite. L'occasion est bonne pour les belles affiches de se pencher sur les nombreux posters de la saga de George Lucas parce que tout part de là : un visuel inédit certes mais nourri d'influences. Même si les affiches du film on tendance à se suivre et à se ressembler, elles restent graphiquement le témoin d'une époque grâce aux thèmes universels qu'elles véhiculent et à la patte de leur célèbre designer : môsieur Drew Struzan. Voyons un peu pourquoi.


1976 : Greg et Tim Hildebrandt

Poster 1976 Starwars © Greg & Tim Hildebrandt pour 20th Century Fox & LucasFilm

Au début il n'y avait rien sauf les années 70 en Californie. Le génial Jack Kirby et ses « Fantastic Four » passionnent un fils de papetier nommé George Walton Lucas, qui suite à un terrible accident de voiture décide de devenir réalisateur plutôt que pilote automobile. Après diverses péripéties inhérentes aux jeunes auteurs, il fonde en 1975 sa propre boîte d'effets spéciaux : Industrial Light and Magic (ILM) dans le but de réaliser un projet ambitieux en profitant du succès d'American Graffiti, film qu'il réalise deux ans auparavant. Quel projet exactement ? « De la Science-Fiction pour enfants » dixit l'intéressé. Mais avant la sortie du film George veut créer l'évènement et sonder son public. Il demande à Greg et Tim Hildebrandt d'illustrer SA vision. Les jumeaux ont le vent en poupe depuis leurs toiles du Seigneur des Anneaux et Lucas veut profiter de leur talent. Le brief ? Faire baver le public et rendre l'attente insupportable en modernisant des thèmes universels. Le style ? Peinture à l'ancienne avec de l'huile et acrylique. L'inspiration ? La conquête de l'espace vu par un ado, le super héros invincible, la mythologie pubère, la BD française Valérian & Laureline. Le but ? Renvoyer 2001 : Odyssée de l'Espace dans le placard à balai. L'avantage sur papier c'est qu'on n'a pas les mêmes contraintes que sur un plateau, alors les frères se lâchent. En 1976 c'est le choc ; le public prend l'affiche en pleine gueule. Certains croient même rêver debout. Le thème élitiste de la conquête spatiale devient populaire, se démocratise même, les codes explosent, les influences se mélangent, le spectacle est total. La touche rétro-moderne fait mouche. La preuve : presque 40ans après, le tableau n'a pas pris une ride. C'est comme embarquer dans une machine à voyager dans le temps avec le compteur bloqué sur « futur ». L'affiche devient une icône. Le film de sabre Autres grosses influences : les affiches de la Shaw Brothers (relire le dossier spécial). Célèbre firme de production hongkongaise avec un demi-siècle d'existence au compteur, son âge d'or se situe dans les années 60-70 et à ce jour, Tarantino ne s'en est toujours pas remis. George non plus. Ni à vrai dire aucun cinéaste actuel. Les films de sabre des quatre frères Shaw ont bouleversés à jamais toute une génération de réalisateurs. On garde cette touche artisanale qui sent bon l'acrylique de l'illustrateur et les presses de la photogravure. L'affiche du Temple du Lotus Rouge et de Shaolin Intruders refilent même leurs sabres à l'épisode IV qui les dirige dans la même direction. Les codes utilisés ici deviendront immuables : compositing complexe, pêle-mêle de personnages, dynamisme, souci du détail... l'affiche raconte une histoire ambitieuse mais laisse votre imagination travailler. Le film de chevalier Facile nous direz-vous car le Jedi EST un chevalier. N'oublions pas pour autant que Big George a découvert le cinéma grâce, en partie, à la Nouvelle Vague du cinéma européen des années 60 : Godard, Truffaut ou même Fellini. Les perfusions franco-italiennes se font plus fortes. Avec les BD de Christin et Mézières ou les illustrations de Michelangelo Papuzza, il est normal que l'on retrouve les mêmes coups de crayon du vieux continent dans les affiches de Starwars. Les chevaliers et autres films de "cape et d'épées" amènent leur lot de duels, de princesses éconduites, de Jean Marais, de cascades et de décors-studios. Les films de cape et d'épées © Michelangelo Papuzza pour LucasFilm, Shaw Brothers Cie.

Valérian agent spatio-temporel © Valerian agent spatio-temporel de Christin & Mézières Sources : behindthepanels.net – cosmeticas.org

Le western americano-spaghetti

Starwars c'est avant tout un western spatial. Il y a des flingues et des lames des deux côtés. Les archétypes du héros parfait sont en place, ses ennemis vraiment méchants, quelques anti-héros nageant à contre-courant et une kyrielle de seconds rôles inoubliables. La griffe du peintre ne tremble pas que ce soit sur photogravure ou traceur numérique : expressions exagérées, contre-plongée, crayon, pinceau, acrylique tout ça fleure bon l'étalage du bouquiniste. Sûrement celui où le jeune George venait passer ses après-midi. Maître Drew Impossible de parler de Starwars sans parler de Drew Struzan. Immense illustrateur connu pour son style ultra réaliste et grand ami de George Lucas. C'est simple il conçoit depuis les années 80 toutes les affiches du film. Il est le témoin-clef de notre article car il traverse les époques et avec lui sa technique. Généralement il débute avec un croquis détaillé sur papier en se basant sur les photos de la production. Il projette ensuite de l'acrylique via un aérographe, respecte un temps de séchage puis détaille aux crayons de couleur. L'aérographe permet ce rendu plastique hyper réaliste à s'y méprendre. Il envoie le tout à l'imprimeur qui n'a plus qu'à scanner la toile et séparer les couleurs par plaque, c'est la fameuse quadrichromie. La photogravure bat son plein et c'est alors un des seuls moyens de diffusion. Avec les années 90 et la révolution numérique Drew découvre Photoshop, les effets de calques, les halos lumineux en mode CMJN, la réduction de bruit et le flou de surface ce qui lui ouvre d'autres portes, en l'occurence celle des traceurs numériques, du papier glacé et de l'impression à grande échelle. Les temps modernes C'est ce mélange de rétro-moderne qui bouscule les conventions. Drew s'adapte en même temps que les films. Le casting rajeunit, les combats sont ultra chorégraphiés, les effets spéciaux sont plus impressionants, moins artisanaux, la plastique se métamorphose en fonction des goûts de l'ère du temps. Même les éditions spéciales de 1997 de l'épisode IV et V sont repeintes 20 ans après les originaux. Le cap de l'an 2000 franchit, Drew s'assombrit, peint plus noir et colle des lueurs externes sur sabres laser. Le maître est toujours là mais en coulisse seulement car ce n'est pas lui qui conçoit la dernière affiche de Force Awakens. Il inspire. Du coup le Design Department aboutit à une affiche où le chaud et le froid s'affrontent comme dans la pub Carte Noire - Feu et Glace - sur une toile de fond crépusculaire. La faute au rachat de Lucasfilm par Disney sans doute.

Carte Noire vs. Force Awakens